entete Université Laval

ALLOCUTION PRONONCÉE PAR LE RECTEUR DE L'UNIVERSITÉ LAVAL, M. FRANÇOIS TAVENAS, SUR LE THÈME DE " LA RECHERCHE UNIVERSITAIRE ET LE DÉVELOPPEMENT INDUSTRIEL", AU CONGRÈS DE L'ASSOCIATION MINIÈRE DU QUÉBEC, LE 11 JUIN 2001, À MAGOG, QUÉBEC

Mesdames,
Messieurs,

C'est avec plaisir que j'ai accepté l'invitation de l'Association minière du Québec à venir vous parler de la recherche universitaire et du développement industriel dans le cadre de votre colloque sur le thème "Recherche et développement dans le secteur minier - enjeux et défis". Je pense en effet que la R&D joue déjà, et jouera de plus en plus, un rôle central dans le développement économique et social des pays et dans la santé des entreprises dans tous les secteurs d'activité, le secteur minier ne faisant certainement pas exception. Je vous propose d'examiner tout d'abord le contexte global de la R&D au Canada et dans le monde, d'aborder ensuite la R&D universitaire en termes de mission, de financement et d'organisation, pour traiter enfin de la problématique particulière de la R&D dans le secteur des ressources naturelles. Je terminerai en examinant quelques pistes particulières de réflexion sur la collaboration entre l'Université Laval et l'industrie minière québécoise.

La R&D au Canada et dans le monde

C'est maintenant devenu un lieu commun universel : nous vivons dans une économie du savoir dans laquelle la principale richesse des États et des organisations se trouve dans leur capacité d'innover et de s'adapter, dans un contexte de concurrence mondiale. La formation des personnes au plus haut niveau possible et l'investissement en R&D sont les deux fondements essentiels de cette richesse collective.

Pour le Québec et le Canada, pays possédant l'un des plus hauts niveaux de vie au monde, le défi est particulièrement exigeant. En effet, notre haut niveau de vie demande, pour être maintenu, que notre économie soit parmi les plus productives du monde. De plus, notre économie dépend, dans une mesure beaucoup plus grande que celle de tous les autres pays de l'OCDE, de deux éléments qui accroissent le défi :

Pour assurer leur avenir, le Québec et le Canada se doivent donc d'être particulièrement performants en formation de la main-d'œuvre et en R&D. Or, qu'en est-il ?

Les données de l'OCDE ne sont pas des plus encourageantes.

Au chapitre de la formation, nous avons fait des efforts remarquables qui nous situent aujourd'hui au premier rang pour les taux de participation aux études postsecondaires.
Mais :

Au chapitre de la R&D, le Canada a des efforts considérables à faire. En 1999, notre effort de R&D par rapport au PIB nous situait au 16e rang des pays de l'OCDE, résultat d'une insuffisance chronique de nos investissements en R&D. Il faut donc se réjouir de voir que le gouvernement fédéral a accru le financement de la recherche universitaire depuis 1998.

Du côté du Québec, la situation est un peu meilleure grâce à l'effort réalisé au tournant des années 1990, mais la tendance depuis 1997 était préoccupante. Aussi faut-il se réjouir des orientations fixées dans la récente Politique scientifique publiée par le gouvernement qui propose de rejoindre la moyenne des pays du G7 d'ici 2010.

La R&D universitaire

La mission de toute université moderne comporte trois éléments : la formation, la recherche et le service à la communauté.

La mission de recherche des universités s'est considérablement développée et diversifiée au cours des 20 dernières années et elle bénéficie aujourd'hui d'un environnement très prometteur, même s'il est de plus en plus compétitif sur les scènes nationale et internationale. La recherche universitaire est en effet un élément de plus en plus central dans la stratégie de développement économique des États et bénéficie d'une attention accrue des autorités gouvernementales et d'attentes accrues de la part des acteurs économiques.

Cette mission de recherche des universités vise à produire trois éléments essentiels au développement de cette "société du savoir" dans laquelle nous vivons tous. Ces trois éléments sont, en ordre de priorité :

Au Canada et au Québec, la recherche universitaire représente une part beaucoup plus importante de l'effort national de recherche que dans les autres pays de l'OCDE. La recherche en collaboration avec l'industrie est aussi beaucoup plus développée chez nous que partout ailleurs. Nous avons donc une plus grande responsabilité, pour la société, de donner à la recherche universitaire des moyens accrus, et pour les universités, de "livrer la marchandise" : plus de diplômés mieux formés, plus d'idées et de connaissances, plus de matière à transfert technologique, plus de transparence dans l'action, plus d'ouverture aux collaborations avec l'industrie.

Où en sommes-nous en cette matière ?

En ce qui concerne le financement public de la recherche, les choses vont bien depuis 1998 et s'améliorent chaque année.

· Au niveau du gouvernement canadien, les nouveaux programmes ont été nombreux, bien ciblés, les investissements massifs :

· Au niveau du gouvernement québécois, le démarrage a été un peu plus récent, mais les mouvements n'en sont pas moins importants et porteurs d'avenir.

Et ce qui s'annonce dans un avenir prochain est prometteur, puisque :

Pour ce qui est maintenant de l'action des universités, les progrès ont également été considérables depuis 10 ans. Progrès des performances, puisque les chercheurs québécois obtiennent aujourd'hui 28 % des fonds distribués par les conseils subventionnaires fédéraux. Progrès dans le nombre de diplômes de maîtrise et de doctorat décernés, un domaine où nous avons presque comblé notre retard par rapport aux autres régions du Canada et aux autres pays développés. Progrès dans les collaborations université-industrie dans le domaine de la recherche contractuelle; ainsi, pour l'Université Laval, c'est aujourd'hui 30 % de nos revenus de recherche qui proviennent de telles collaborations. Progrès dans le domaine du transfert technologique et de la création d'entreprises; ainsi, pour l'Université Laval, c'est près de 50 entreprises qui se sont créées depuis sept ans à partir des résultats de recherche obtenus dans nos laboratoires. Enfin, la mise en place des sociétés de valorisation avec le soutien financier de VRQ laisse entrevoir que les universités vont être plus actives dans le domaine du transfert technologique et de la création d'entreprises.

Ceci dit, la perfection n'étant pas de ce monde, les universités ont certaines préoccupations.

D'une part, nous sortons d'une période sombre pour le financement des universités qui nous a amenés à réduire de façon considérable le nombre de professeurs et, donc, de chercheurs. Il en est résulté un affaiblissement de notre capacité de production de recherche alors que tous nos compétiteurs autour de nous se maintenaient ou se renforçaient à cet égard. Il est heureux que le gouvernement du Québec ait décidé de réinvestir dans les universités depuis un an, mais nous devons réaliser qu'il reste encore beaucoup de chemin à parcourir. Ainsi, si l'Université Laval était située en Ontario, elle disposerait de revenus 30 % plus élevés que ceux qu'elle a aujourd'hui. Ce n'est pas rien, quand on sait que le marché des professeurs d'université est un marché mondial de plus en plus compétitif. Si nous n'avons pas les moyens de recruter les meilleurs, nous ne serons plus les meilleurs, et c'est toute la capacité d'innovation et de développement de notre économie qui en souffrira.

D'autre part, il nous faut régler la question du financement des coûts indirects de la recherche. Dans le contexte actuel où ces coûts ne sont que partiellement couverts au Québec (15 % sur 40 %), les universités se voient forcées de détourner des fonds des activités de formation de premier cycle pour couvrir le manque à gagner en coûts indirects de recherche. Ceci est inacceptable pour la qualité de la formation des étudiants de premier cycle. C'est aussi et surtout un obstacle au développement dynamique de la recherche. Si, au contraire, les coûts indirects étaient pleinement financés, les établissements pourraient adopter des stratégies dynamiques de développement de la recherche, investir dans les infrastructures nécessaires et amortir leur investissement grâce aux coûts indirects sur les nouvelles activités de recherche résultant de ces investissements.

Ensuite, il faut espérer que nos deux paliers de gouvernement fassent des progrès dans le domaine de la cohérence de leurs interventions… et je ne parle pas de la traditionnelle question des relations fédérales-provinciales, mais bien plutôt de la cohérence des interventions à l'intérieur de chacune des deux structures gouvernementales. Il y a là matière à progrès, en particulier dans le domaine du transfert technologique où on a vu récemment des positions prises par un ministère des Finances ou un ministère du Revenu être en parfaite contradiction avec les politiques et objectifs d'un ministère de la Recherche. Il faut espérer que la Politique scientifique du Québec nous aide à atteindre cet objectif de cohérence d'action.

Enfin, il faut espérer que les investissements en R&D de l'industrie vont s'intensifier, et ce, en collaboration avec les universités tout autant que dans les laboratoires industriels. La situation est clairement illustrée par les trois graphiques présentés ici. Le Canada est aux premiers rangs pour la R&D et la R&D industrielle dans les universités, mais très en retard pour la R&D industrielle totale.

La R&D dans le secteur des ressources naturelles

Les ressources naturelles (agriculture, foresterie, mines et énergie) constituent un élément central de l'économie canadienne et québécoise et de nos exportations. Or il s'agit de secteurs économiques qui ont atteint leur maturité il y a déjà de nombreuses années et qui appellent des efforts particuliers de R&D pour poursuivre leur développement et renforcer leur position sur la scène internationale.

Après une période de stabilité en termes de produits et de méthodes de production, ces secteurs connaissent aujourd'hui une nouvelle jeunesse avec l'apport de la recherche. D'une approche de simple exploitation, on passe de plus en plus à une approche de transformation et de production à très haute valeur ajoutée. Il en va ainsi du secteur des produits nutraceutiques et des OGM en agriculture, des produits de seconde transformation du bois, des nouveaux matériaux et minéraux secondaires extraits de résidus miniers, pour ne citer que quelques exemples.

La R&D est, dans tous les secteurs des ressources naturelles, un élément absolument essentiel de toute stratégie de maintien de la position concurrentielle des entreprises québécoises et canadiennes. Elle doit se centrer sur l'amélioration des techniques de production et sur la conception de nouveaux produits. Dans ce second cas, les recherches peuvent, avec grand bénéfice, se faire en consortium et en collaboration avec les universités, puisqu'il s'agit de recherche à un niveau clairement pré-compétitif. L'industrie forestière avec Forintek, dont vous parlera tout à l'heure Jean-Claude Mercier, l'industrie papetière avec Paprican, l'industrie électronique avec entre autres le réseau IRIS, ont fait la preuve de la pertinence et de l'efficacité d'une approche de regroupement de tous les acteurs d'un secteur industriel. L'industrie minière québécoise a adopté ce modèle avec le COREM, qui doit poursuivre son action et, je l'espère, sa collaboration avec l'Université Laval.

Quelques pistes pour une coopération accrue entre université et l'industrie des ressources minérales

Les problèmes de recherche, dans tous les domaines, sont de plus en plus complexes et font appel à des expertises multidisciplinaires. C'est tout particulièrement vrai dans le domaine des ressources minérales où doivent se concilier en tout temps des considérations scientifiques, technologiques, environnementales et sociologiques.

Il est donc de plus en plus essentiel de monter des équipes multidisciplinaires. Les universités s'y emploient activement de plus en plus dans le cadre de centres de recherche, d'instituts, de réseaux.

Si la recherche pure reste à la source de tout progrès des connaissances, la recherche appliquée doit se développer de façon équilibrée si nous voulons remplir pleinement notre mission. La recherche appliquée se doit d'assurer sa pertinence par rapport aux besoins de la société, tout en respectant la logique et la rigueur scientifique. Le meilleur moyen d'atteindre ces objectifs est de renforcer les liens entre chercheurs et utilisateurs des résultats de recherche, donc de renforcer les liens entre université et industrie. Dans ce sens, il faut se réjouir de voir se multiplier les initiatives structurantes, dans le cadre de programmes financés par les conseils et fonds de recherche gouvernementaux. Les modèles sont diversifiés :

Le manque de personnel qualifié pour gérer les usines de sciage et de seconde transformation du bois est à l'origine de ce projet. Des pourparlers avec Forintek, des professeurs de notre faculté et les responsables du programme de la UBC ont fait ressortir la complémentarité des trois parties réunies en consortium. Le projet, qui offrira une solution structurante à la pénurie de main-d'œuvre qualifiée, se caractérise par la place importante accordée à la formation, à la recherche et au transfert technologique et, surtout, par l'étroite collaboration entre universités et industries, avec l'appui du gouvernement.

Vous me permettrez, pour conclure, de déborder du thème de la R&D pour aborder trois questions liées à la formation des spécialistes dans le domaine des ressources minérales.

Tout d'abord, il nous faut constater, année après année, que les programmes de génie minier n'attirent pas assez d'étudiants, compte tenu des besoins de l'industrie. Ceci est dû en partie au problème généralisé d'insuffisance d'intérêt des jeunes Québécois pour les formations scientifiques, un problème grave pour lequel nous allons tous devoir nous mobiliser. Mais je crois qu'il y a plus : il y a un besoin, pour l'industrie minière, de projeter auprès des jeunes une image renouvelée, plus attrayante et d'elle-même et des carrières qu'elle offre en mines et métallurgie. Vous avez sans aucun doute des efforts à faire en cette matière; nous sommes prêts à y collaborer.

En second lieu, nous devons, ensemble, travailler de façon continue à l'amélioration de la qualité et de la pertinence de nos programmes de formation. À ce sujet, je me réjouis de voir le succès de notre programme de type coopératif en génie des mines et de la métallurgie, programme qui a à nouveau reçu pleine accréditation du BCAPI. Nous sommes en train d'y ajouter un "Profil international" pour préparer nos diplômés à travailler sur la scène internationale. Nous avons besoin de l'appui continu, élargi, de l'industrie pour assurer la pertinence de la formation et pour offrir des stages riches en contenu au Québec et partout dans le monde où les entreprises canadiennes sont actives. Nous avons également besoin de votre appui pour offrir des bourses qui permettent d'attirer plus de bons étudiants dans nos programmes. À ce sujet, j'étais très heureux de participer récemment avec Guy Dufresne à une réception pour souligner le partenariat renouvelé entre l'Université Laval et la compagnie minière Québec Cartier.

J'ai parlé tout à l'heure des programmes de chaires de recherche. Ils sont importants pour nous, non seulement pour accroître et diversifier nos activités de recherche, mais aussi pour nous permettre d'offrir des programmes de premier cycle de qualité. Dans un domaine comme les mines et la métallurgie, où la diversité des matières à couvrir est grande et le nombre des étudiants petit, les formules de financement du gouvernement, basées sur des coûts moyens par étudiant, ne permettent pas de prendre en compte la réalité des coûts de formation. La création de chaires de recherche en collaboration avec l'industrie est donc un excellent moyen de corriger le problème et de nous permettre d'offrir une formation de qualité avec toute la diversité requise des sous-disciplines du génie minier, de l'extraction et du traitement des minerais et de la métallurgie. J'espère pouvoir compter sur votre collaboration en ce sens.

Enfin, je voudrais souligner l'importance croissante de la formation continue des professionnels qui travaillent dans nos organisations. La technologie évolue à un rythme qui ne cesse de s'accélérer entraînant pour tous les professionnels un besoin de mise à jour fréquente de leurs connaissances. Je veux vous dire que l'Université Laval est consciente de ses responsabilités dans ce domaine et qu'elle est en passe de devenir un modèle au plan de l'offre d'activités de formation continue. Notre Direction générale de la formation continue, en partenariat avec les facultés et départements pertinents, met sur pied des programmes de formation sur mesure pour répondre aux besoins d'organisations comme les Caisses populaires Desjardins, les centres hospitaliers, le Groupe Investors, les commissions scolaires, pour n'en nommer que quelques-unes. Certains de ces programmes ont été reconnus au niveau national par le Conference Board du Canada. Nous sommes prêts à examiner avec vous les meilleurs moyens de répondre à vos besoins en formation continue.

Conclusion

Voilà donc ce que je voulais vous dire sur la question des enjeux et défis de la recherche et du développement dans le secteur minier, du point de vue des universités. Nous avons, au Québec, des universités de classe mondiale qui produisent des diplômés et des résultats de recherche capables de s'affirmer dans n'importe quel contexte de compétition. Nous sommes en mesure de vous aider à confirmer la place de l'industrie minière du Québec et du Canada sur la scène internationale.
J'espère que nous saurons renforcer les collaborations existantes et développer de nouveaux liens, de nouveaux partenariats, de nouveaux réseaux pour améliorer, ensemble, la capacité d'innovation, le niveau d'excellence et, surtout, le potentiel concurrentiel de l'industrie québécoise. Je vous remercie.

 
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